Au 30 juin 2026, l’activité des TPE-PME du Grand Est est en léger recul de 0,2 % par rapport au début de l’année et se situe 0,8 point sous la moyenne nationale. Derrière cette stabilité apparente, les défaillances régionales progressent de 3,1 % et la capacité de remboursement des PME françaises se dégrade pour la troisième année consécutive. Par la Charte de confiance, dont les experts-comptables sont signataires à l’échelle nationale, plusieurs dispositifs sont actuellement expérimentés dans le Grand Est afin d’aller au-devant de l’entreprise dès la détection de signaux faibles.
Le Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables du Grand Est vient de publier les résultats de l’observatoire Image PME pour le 2e trimestre 2026, établis à partir des déclarations de TVA de 49 000 TPE-PME régionales.
L’indice de chiffre d’affaires (ICA) des TPE-PME du Grand Est reste stable par rapport au 2e trimestre 2025. Cette performance place la région au 13e rang du classement national, 0,8 point en dessous de la moyenne française. Depuis le début de l’année, le chiffre d’affaires cumulé recule de 0,2 %.
Ces résultats ne sont pas corrigés de l’inflation, qui atteint 1,8 % sur un an en juin et accélère à 2,1 % en juillet, selon l’Insee. À prix constants, l’activité recule donc en volume.
Dans le même temps, les défaillances d’entreprises continuent de progresser dans la région : 1 103 défaillances au 2e trimestre 2026, soit une hausse de 3,1 % sur un an, selon Altares.
Peu de secteurs à l’abri
Les secteurs exposés à la consommation des ménages restent les plus touchés :
- Commerce de détail d’habillement : -10,6 % au 2e trimestre comparé à 2025, -9 % en cumulé depuis janvier 2026.
- Restauration traditionnelle : -5,8 % au trimestre comme en cumulé ; un consommateur sur trois déclarait en mai avoir réduit ses sorties au restaurant, soit plus du double qu’un an plus tôt.
- Boulangerie-pâtisserie : -4,4 % au trimestre, -3,4 % en cumulé.
- Hôtels : -4,1 % au trimestre, -3,3 % en cumulé.
- Débits de boissons : -3,5 %, neuvième trimestre consécutif de recul.
- Coiffure : -3,6 % au trimestre ; les défaillances du secteur progressent de 12,2 % au niveau national.
Le retournement le plus notable concerne les agences immobilières : après une année 2025 en forte croissance (+9,6 % en cumulé), elles reculent de 3,7 % ce trimestre. La construction, elle, confirme ses difficultés (+0,1 % au trimestre, -0,5 % en cumulé) après une année 2025 à -3 %.
Quelques secteurs restent bien orientés : transports routiers de fret (+6,6 %), aménagement paysager (+4,1 %), commerce de détail de viandes (+3,9 %) et pharmacies (+2,8 %).
Le signal d’alerte n’est plus dans le chiffre d’affaires
À l’échelle nationale, l’étude publiée en juillet-août 2026 par la Banque de France sur 1,5 million de liasses fiscales 2025 dresse un constat qui éclaire ces chiffres régionaux : les PME et ETI françaises conservent des fondamentaux solides — taux de marge élevés, endettement maîtrisé, trésorerie encore supérieure à son niveau d’avant-crise — mais leur capacité de remboursement se dégrade.
La part des entreprises les mieux cotées par la Banque de France recule pour la troisième année consécutive : de 66 % en 2022 à 58 % en 2025 pour les PME hors microentreprises. Symétriquement, la part des entreprises les plus fragiles – celles dont la capacité de remboursement est jugée très dégradée – augmente pour la cinquième année de suite. Les baisses les plus marquées concernent le transport, la construction et les activités immobilières.
Autrement dit : au moment où un bilan paraît encore rassurant, la trajectoire, elle, s’est déjà infléchie. C’est cet écart entre la photographie et le mouvement qui justifie d’intervenir plus tôt.
Charte de confiance : aller au-devant du dirigeant
Signée en février 2026 dans le cadre du plan d’action de l’État sur l’accompagnement des entreprises, la Charte de confiance part d’un constat simple : les dispositifs d’aide existent, mais ils supposent que le dirigeant vienne les chercher. Or il n’en a souvent ni le temps, ni l’énergie, quand il en a connaissance – et rarement au bon moment.
La Charte inverse la démarche. Ses signataires – Banque de France, Fédération bancaire française, Experts-comptables, Commissaires aux comptes, DGFIP, Juges consulaires, URSSAF… – s’engagent à alerter eux-mêmes le dirigeant dès qu’ils détectent un signal avancé : retard de dépôt des comptes, impayé bancaire, fiscal ou social, réduction d’une ligne de garantie, déclaration de défaut. L’échange est direct et confidentiel, et débouche sur une orientation vers les dispositifs adaptés.
Chaque signataire dispose de signaux différents. Croisés, ils dessinent la situation réelle d’une entreprise bien avant la cessation de paiement.
Les experts-comptables, acteurs de la prévention
Parmi les signataires, les experts-comptables occupent une position prépondérante : ils sont, pour beaucoup de TPE-PME, le partenaire conseil privilégié du chef d’entreprise. Ils décèlent par l’établissement des comptes et des situations intermédiaires le retard de trésorerie, la marge qui s’érode, l’échéance qu’on décale. Ils sont donc des vigies de premier plan.
Le Conseil National de l’Ordre s’est engagé à mettre à disposition des professionnels, dès le premier trimestre 2026, une série d’outils destinés à transformer cette visibilité en alerte effective :
- un courrier type présentant les dispositifs existants, à adresser au client dès l’entrée en relation puis lors de la détection d’une difficulté ;
- un pré-diagnostic permettant d’établir rapidement un état des lieux financier, de générer un score et d’orienter le dirigeant ;
- un kit mission « Accompagnement des entreprises en difficulté » ;
- une série de webinaires « Les rendez-vous de la prévention » ;
- des formations à l’anticipation, au traitement des difficultés et à la détection de la souffrance psychologique aiguë des dirigeants, en lien avec APESA France et le CIP national.
A l’échelle du Grand Est, sous l’impulsion de Catherine HANSSEN, présidente du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables Grand Est, et de Virginie MAYET, présidente nationale du Comité prévention et entreprises en difficulté du Conseil national de l’ordre des experts-comptables et présidente du CIP national, la commission de prévention des entreprises en difficulté a été créée, laquelle mène de nombreuses actions :
- une communication thématique active à destination des entreprises et des experts-comptables ;
- une journée annuelle consacrée à la prévention des entreprises en difficulté ;
- des actions de formation spécifiques ;
- des échanges réguliers avec des partenaires de la prévention.
Les engagements pris dans cette charte permettront aux experts-comptables de créer des réflexes : le réflexe d’anticiper, le réflexe de dialoguer et enfin le réflexe d’orienter.
