145 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 6,6 % : les 121 structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) d’Alsace affichent de bons résultats pour 2025. Mais ce chiffre ne doit pas faire illusion. Cette performance démontre la pugnacité d’un secteur dont le modèle repose aussi sur le soutien public. Un soutien mis à mal depuis 2025 tant à l’échelle nationale que locale. Ainsi, le levier qui fait d’un emploi un tremplin, la formation, perd ses moyens : le programme régional qui la finançait depuis 25 ans s’arrête.
Les SIAE produisent, vendent et répondent à des marchés. Mais elles emploient des personnes qui reviennent au travail après des années de rupture : deux sur trois ont un niveau inférieur au CAP-BEP, un tiers perçoit le RSA. L’aide publique compense l’écart de productivité et finance l’accompagnement. Elle a un effet de levier : 59 M€ de subventions pour 145 M€ d’activité et 134 M€ de salaires et charges versés dans l’économie locale.
Un soutien remis en jeu chaque année
Ces chiffres sont ceux de 2025. Ils ne disent rien de l’année en cours, ni de celle à venir, dans un contexte d’élection présidentielle. Depuis deux ans, la part de l’IAE est rediscutée à chaque loi de finances : une baisse de 4 % en 2025, puis un projet de budget 2026 qui prévoyait une coupe de 14 %, avant que le Parlement ne rétablisse l’essentiel des crédits. Le débat reprend cet automne avec le budget 2027. En Alsace, les recrutements de salariés en parcours d’insertion ont déjà reculé : 4 390 en 2025, contre 5 081 un an plus tôt (‑13,6 %). Difficile de construire des parcours de 12 à 24 mois quand la visibilité manque sur les capacités de les financer.
La formation, premier poste sous tension
C’est pourtant la formation qui transforme ces mois de travail en métier. En 2025 en Alsace, les deux programmes dédiés, le programme régional (PRIAE) et le plan national (PIC IAE), ont financé 2 310 stagiaires pour 1 847 190 €, soit environ 800 € par stagiaire. Majoritairement des formations aux savoirs de base et au français, mais aussi aux métiers en tension : propreté, logistique, bâtiment, restauration, sanitaire et social.
La différence se mesure à la sortie : 68 % des salariés formés pendant leur parcours en sortent vers un emploi (39%), une formation ou une autre étape positive, contre 53 % de ceux qui n’ont pas été formés. Or, le PRIAE, qui représentait 4 stagiaires sur 10 et avait déjà reculé en 2025 (943 contre 1 365 en 2024), s’arrête : lancé en 2001 et financé à 96 % par la Région Grand Est, son marché a été dénoncé en juin 2026 alors qu’il devait courir jusqu’en 2027. La Région perd elle-même une partie du soutien de l’État à la formation, via le Pacte régional d’investissement dans les compétences.
L’insertion n’est pas une dépense sociale, c’est une filière de compétences au service de l’économie alsacienne. Ces compétences, nous les construisons chaque jour avec des femmes et des hommes que les circuits classiques de recrutement laissent de côté. Chaque euro retiré à l’emploi ou à la formation se traduit par des parcours en moins : nous le mesurons déjà, avec près de 700 recrutements de moins en un an. Ce sont autant de personnes qui restent loin du travail, et autant de compétences qui manqueront demain aux entreprises du territoire. Ce vivier est aussi le leur.
Fabienne Massenya
présidente d’iae Alsace.
